Avant toute chose, il est essentiel de comprendre que les règles et usages présentés ici ne sont pas de simples détails d'univers : ils constituent le socle même de la vie en cité.
Ils définissent les rapports entre les classes, la manière de se comporter, de parler, de s'habiller, de commercer ou même de prier. Ces codes, qu'ils soient implicites ou écrits, façonnent le monde et ceux qui y vivent.
Tout personnage, qu'il soit humble serf, alleutier, artisan ou mercenaire aguerri, a nécessairement conscience de ces lois sociales. Les ignorer en jeu reviendrait à jouer un personnage sans repères ou pire, un insensé.
Le respect de ces usages ne limite pas le rôle, il le renforce : comprendre les convenances, c'est savoir quand les contourner, les provoquer ou les défier avec justesse.
La majorité des personnages joués appartiennent aux castes basses ou moyennes. Cette page s'attarde donc principalement sur les connaissances, habitudes et réflexes sociaux qu'un individu du peuple a naturellement acquis au cours de son éducation.
Il ne s'agit pas de jouer chaque serf comme un courtisan, ni de transformer chaque conversation en cérémonie. La bienséance repose avant tout sur la mesure, la connaissance de sa place et la capacité à adapter son comportement à la situation.
Les bases d'une société sont son ciment : sans elles, tout s'effondre.
Prenez donc ces règles non comme des chaînes, mais comme le souffle du réalisme ; celui qui fait d'un monde une véritable civilisation.
💡 Parallèle contemporain : de même qu'aujourd'hui l'on n'arpenterait pas une ville en gilet pare-balles ou en apostrophant une figure d'autorité avec familiarité, il serait incongru, voire dangereux, d'adopter des manières étrangères aux usages du temps.
De la même manière, lorsqu'une situation inhabituelle survient, il peut être utile de se demander non pas seulement :
"Est-ce que cela me choque, moi, joueur ?"
mais plutôt :
"Comment quelqu'un ayant grandi toute sa vie dans cette société comprendrait-il ce qu'il vient de voir ou d'entendre ?"
Ces codes sont le fil invisible qui distingue le civilisé du marginal.

Les gens du commun se doivent mutuel respect et mesure. Si les convenances sont moins strictes qu'entre castes, l'usage demeure empreint d'urbanité et de retenue.
Entre serfs, alleutiers, artisans, petits commerçants ou mercenaires, le vouvoiement demeure d'usage lors des premières rencontres ou dans les échanges formels, notamment aux marchés, dans les ateliers ou lorsqu'une affaire est conclue.
Le tutoiement apparaît plus naturellement entre proches, compagnons réguliers, membres d'une même maisonnée ou individus entretenant depuis longtemps une relation familière.
Les titres d'adresse tels que bonhomme, bonne dame, compère ou commère traduisent un respect simple. Il est également courant de désigner quelqu'un par son métier lorsque celui-ci est connu : aubergiste, forgeron, marchand, apothicaire, etc.
Un individu du peuple ne se montre pas nécessairement servile devant ses pairs. Il peut discuter vivement, négocier, plaisanter, se montrer rude ou exprimer franchement son désaccord. La familiarité n'autorise toutefois pas toute conduite.
Les rixes de taverne, querelles de voisinage ou injures publiques sont considérées comme des fautes communes et peuvent mener à :
La solidarité, elle, demeure une valeur forte : on partage le pain, on se porte secours, surtout dans les bas-quartiers où la misère frappe plus fort.
Mépriser ou malmener un mendiant, un vieillard ou un infirme est perçu comme un geste honteux, voire sacrilège.
Le peuple n'est pas sans rudesse, mais il a mémoire des siens ; chacun sait qu'en un souffle, la fortune d'un jour peut devenir la pauvreté du lendemain.

L'attitude à tenir devant les nobles, hauts-bourgeois, membres importants du clergé ou érudits de haut rang se doit d'être autrement plus mesurée.
La hiérarchie est au coeur de l'ordre social et tout manquement à l'étiquette peut être interprété comme une insulte, voire une provocation.
Le peuple est tenu de marquer sa déférence :
Une personne du peuple n'est toutefois pas tenue d'approuver tout ce qu'un supérieur affirme.
La déférence n'est pas une soumission intellectuelle totale.
Un serf ou un alleutier peut avertir, contester, supplier, argumenter, refuser ou exprimer ses réserves lorsque la situation le justifie. Il lui est simplement attendu de savoir comment le faire.
Contredire calmement une personne de rang supérieur est une chose.
La tourner en ridicule, élever volontairement la voix contre elle ou lui déclarer brutalement qu'elle raconte des absurdités en est une autre.
Les hautes-castes, pour leur part, ne sont nullement tenues de rendre la même politesse ; elles peuvent se montrer brèves, condescendantes ou simplement distantes. Ainsi va l'ordre établi.
Le mépris ou la désinvolture envers un noble, un prêtre du Completionem, un adjuteur ou un érudit important peut être considéré comme un outrage.
Selon la gravité, il peut conduire à :
Il est attendu de chacun qu'il sache tenir sa place : l'humilité fait la dignité des petites gens, comme la mesure fait la noblesse des grands.

La condition sociale influence naturellement la manière de parler, mais cette page n'a pas vocation à dresser un lexique complet.
Un serf, un alleutier ou un artisan peut parfaitement être vif, éloquent ou habile à argumenter sans posséder pour autant le vocabulaire d'un érudit.
A l'inverse, il n'est pas attendu des personnages du peuple qu'ils s'expriment dans un français volontairement mauvais ou qu'ils caricaturent un parler paysan.
Le registre dépend surtout :
Une personne du peuple peut ainsi parler très simplement avec un compagnon puis adopter spontanément davantage de retenue devant une autorité.
L'immersion ne vient pas du fait d'employer les mots les plus complexes possibles, mais de parler d'une manière cohérente avec celui que l'on joue.
Un lexique séparé rassemble les termes d'adresse, expressions courantes, formulations adaptées aux différentes situations, vocabulaire populaire et conseils permettant d'éviter certains anachronismes de langage.
Il vaut toujours mieux employer une phrase simple dont on maîtrise le sens qu'une formule précieuse utilisée à contresens.

Les convenances ne se limitent pas aux audiences, cérémonies ou rencontres avec les puissants.
Elles régissent également les gestes les plus simples : entrer dans une boutique, rendre visite à quelqu'un, rejoindre une conversation ou demander un service.
Un personnage correctement élevé connaît naturellement ces usages.
Dans une habitation privée, il est d'usage de frapper ou d'annoncer sa présence, puis d'attendre d'être invité à entrer.
Une fois reçu, l'on ne se comporte pas immédiatement comme chez soi.
Il est notamment inconvenant :
Un invité demeure sous le toit d'un autre. Il lui revient donc d'en respecter les usages.

Un commerce ouvert au public n'exige généralement pas que l'on frappe avant d'entrer.
Il convient toutefois de saluer rapidement avant de s'avancer davantage ou d'énoncer immédiatement sa demande.
Entrer précipitamment, traverser la boutique sans un regard pour le commerçant, se jeter sur le comptoir ou commencer à examiner et manipuler tout ce qui se trouve à portée de main est considéré comme rustre.
Une conduite ordinaire consiste simplement à entrer, saluer, puis attendre quelques instants que le commerçant puisse s'occuper de vous.

Lorsqu'on rejoint plusieurs personnes, il est attendu de reconnaître leur présence avant de prendre part à leur conversation.
Lorsque les rangs sont clairement différents, il est naturel de reconnaître en premier lieu la personne de plus haut rang ou, dans une demeure, l'hôte qui reçoit.
Entrer chez quelqu'un, ignorer celui qui possède les lieux et commencer immédiatement à plaisanter avec un compagnon déjà présent serait particulièrement maladroit.
Il n'est cependant pas nécessaire de multiplier les salutations et inclinaisons à outrance.
Une bienséance trop appuyée peut devenir aussi caricaturale que son absence.

Le couvre-chef ordinaire est généralement retiré lorsque l'on s'installe durablement dans un intérieur, lorsque l'on est reçu formellement ou lorsque l'on se présente devant une personne de rang important.
Certains couvre-chefs professionnels, pratiques ou religieux peuvent naturellement répondre à d'autres usages.

Couper continuellement la parole constitue une marque de mauvaise éducation.
Cette faute devient plus manifeste encore lorsqu'elle vise un supérieur, un hôte ou la personne qui dirige naturellement une discussion.
Lors d'un échange formel, il est généralement attendu de laisser celui qui reçoit ou qui possède la plus grande autorité mener le début de l'entretien.
Dans une discussion ordinaire entre pairs, ces règles sont naturellement plus souples.

La manière de se tenir renseigne presque autant sur l'éducation d'un individu que son vêtement.
Il n'est pas demandé aux personnages d'adopter une immobilité théâtrale.
Il est en revanche attendu d'un individu convenablement éduqué qu'il sache maîtriser son corps lorsque la situation le demande.
Face à un inconnu, à une autorité ou dans un cadre formel, il convient notamment :
Il n'est toutefois nullement nécessaire de garder perpétuellement les yeux au sol.
Un serf ou un alleutier peut parfaitement regarder un supérieur lorsqu'il lui parle, se tenir droit et s'exprimer avec assurance.
La mesure est, encore une fois, la règle.
La familiarité se gagne.
Une personne rencontrée quelques instants auparavant n'est généralement ni tutoyée, ni saisie par l'épaule, ni appelée par un surnom affectueux comme le serait un ami de longue date.

Recevoir quelqu'un sous son toit engage autant l'hôte que son visiteur.
Selon ses moyens et la durée de la visite, l'hôte peut proposer un siège, de l'eau, une boisson ou quelque nourriture.
L'invité, pour sa part, respecte la demeure et ce qui s'y trouve.
Il est malvenu :
Refuser poliment ce qui est offert n'est pas une insulte.
De même, l'hospitalité n'oblige personne à supporter un visiteur importun. Celui qui possède le lieu conserve le droit d'en demander le départ.
Lorsqu'un repas est partagé chez autrui, il convient généralement d'attendre que l'hôte invite à commencer.
On évite :
La conversation animée est parfaitement ordinaire.
L'ivresse excessive, les cris, les gestes grossiers ou les disputes violentes le sont moins.

Il est essentiel de comprendre que les notions de pudeur et de bienséance ne reposent ni sur le genre ni sur l'orientation sexuelle, mais sur la lisibilité sociale du corps et le respect de l'espace public.
La décence ne se définit pas par ce que l'on est, mais par la manière dont on se présente aux autres : posture, tenue, retenue du geste et du verbe.
Certaines expositions corporelles sont jugées inconvenantes non pour des raisons morales, mais parce qu'elles rompent l'équilibre attendu de la vie en cité :
Ces usages s'appliquent à toute personne, indépendamment de son genre (Voir la page expliquant l'absence de sexisme).
A l'inverse, les robes longues, tuniques, bures, pantalons, tabliers de travail, manches couvrantes et voiles sont considérés comme des marques de décence lorsqu'ils ne compromettent ni la mesure ni la retenue.
La propreté du vêtement, la sobriété du ton et la maîtrise du geste sont les signes d'un individu éduqué.
Torse nu en public, gestes excessifs, voix trop haute, rires débridés ou main portée à l'arme sans motif sont perçus comme marques de vulgarité ou de mépris des usages.
En toute chose, la mesure prime :
Ainsi la décence ne se limite pas au vêtement : elle reflète la place sociale, l'éducation et la conscience de l'ordre établi.

Les usages distinguent fortement la vie privée de ce qui est donné à voir au reste de la société.
Une opinion, une querelle, une relation ou une conduite tolérée dans le secret d'une demeure peut devenir inconvenante lorsqu'elle est exposée au regard de tous.
Une dispute entre proches ne possède pas la même portée qu'une querelle hurlée sur une place.
Une critique formulée devant quelques compagnons ne possède pas la même gravité qu'une accusation proclamée publiquement.
Une marque d'affection dans l'intimité ne répond pas aux mêmes convenances qu'un comportement ouvertement charnel dans la rue.
Savoir ce qui peut être dit, où cela peut être dit et devant qui constitue une part importante de l'éducation sociale.

Les bains publics, largement répandus au sein du monde, constituent des lieux d'hygiène autant que de sociabilité.
Conformément aux usages, ils sont mixtes, hommes et femmes y partageant les mêmes espaces sans distinction.
Afin de préserver la décence et d'éviter toute ambiguïté, il est exigé de chaque baigneur qu'il porte une camisole propre, fournie ou validée à l'entrée des établissements.
Cette tenue, identique pour tous, vise à effacer toute différenciation de genre dans la pratique du bain et à maintenir un cadre respectueux et apaisé.
Toute entorse à ces règles, regard insistant, propos déplacé ou comportement jugé inconvenant, est sévèrement réprimée, les bains étant considérés comme des espaces communs placés sous la protection des usages et du respect mutuel.

Les couleurs sont un signe de rang et de fortune.
Si les teintures se trouvent plus aisément qu'antan, leur coût demeure un indicateur visible du statut social.
Les vives couleurs telles que le bordeaux, le bleu sous toutes ses nuances, le violet, le noir profond, le vert émeraude, de même que les fils d'or, sont réservés à la noblesse et à la haute bourgeoisie.
Le peuple, quant à lui, se pare de teintes éteintes et pâles : beige, lin, brun, gris, vieux rose ou vert d'eau.
Le non-respect de ces usages, profondément ancrés dans les moeurs, vaut réprimande, amende, voire correction pour l'individu fautif et le tailleur ayant exécuté le vêtement.
Dans les petits bourgs isolés, la tolérance peut parfois être plus grande, mais il reste risqué pour un roturier de s'afficher dans des étoffes d'apparat : l'ostentation est vite jugée comme insolence.
Enfin, plus la couleur est vive, plus le colorant est cher ; ainsi, les vêtements des puissants ne se distinguent pas seulement par leur coupe, mais par la richesse de leur teinte.

Légende : les couleurs entourées en rouge sur l’illustration sont celles strictement réservées à la noblesse et à la haute bourgeoisie.

Les bijoux obéissent au même ordre hiérarchique que les vêtements.
Pour les basses castes, l’or est strictement interdit : il est l’apanage des nobles et des grands érudits.
Le laiton, le bronze, le cuivre et parfois l’argent sont tolérés selon la condition.
L’argent demeure le plus noble des métaux accessibles au peuple ; symbole de pureté et de discrétion quand bien même il précède l’or dans la hiérarchie symbolique.
Les bijoux communs sont plus épais, grossiers et simples, rarement ciselés ; à l’inverse, les pièces d’orfèvrerie nobles se reconnaissent à la finesse du travail et à la légèreté des formes.
Il est mal vu pour un roturier d’arborer trop de bijoux, ou d’en porter d’ample dimension : une telle ostentation est jugée vulgaire et perçue comme caricature d’opulence.
Un anneau sobre, un pendentif discret ou un bracelet ouvragé suffisent à marquer la décence.

Légende : les couleurs entourées en rouge sur l’illustration sont celles strictement réservées à la noblesse et à la haute bourgeoisie. Celles en vertes sont tolérées pour le peuple. Ces exemples font office de référence également en terme de couleurs pour les métaux représentés en jeu, sur les skins.

Le commerce obéit aux mêmes règles élémentaires de politesse que toute autre rencontre.
L'on salue avant de demander un service et l'on attend, dans la mesure du raisonnable, que le commerçant ait terminé avec le client qu'il servait déjà.
Il est également attendu de demander avant de manipuler librement une marchandise fragile, coûteuse, exposée avec soin ou rangée hors de portée.
Le marchandage est admis et courant dans de nombreux marchés.
Il n'autorise toutefois pas à déprécier gratuitement le travail d'un artisan, à injurier le marchand ou à négocier interminablement une somme dérisoire.
Un prix peut être discuté.
Le travail, lui, conserve sa dignité.
Une transaction achevée se conclut ordinairement par quelques mots de remerciement ou de congé.

La chasse est interdite sur les terres d'un seigneur : y braconner est un crime puni avec sévérité.
La population vit essentiellement de pain, légumes et céréales.
La viande, denrée rare et chère, provient de l'élevage domestique (poules, lapins, chèvres) ou des fermiers des alentours.
La pêche, en revanche, est tolérée sur les rivières, étangs ou côtes proches.
Les marchés regorgent davantage de légumineuses, oeufs, fromages et racines que de gibier.

Il est formellement interdit d’entrer dans une cité avec une arme dépassant un empan (soit environ 20 centimètres).
L’épée, la dague longue, autres armes et toute pièce d’armure doivent être remises à la garde aux portes de la cité.
En échange, l’individu reçoit un jeton nominatif lui permettant de récupérer ses effets à sa sortie.
Tout manquement à cette règle peut mener à confiscation définitive, voire à arrestation si la personne est suspecte.
Les mercenaires n’échappent pas à cette règle, sauf s’ils sont en mission officielle sous l’autorité d’un employeur ou d’une garde civique.
Dans ce cas, ils sont autorisés à porter leurs armes pour une durée limitée, le temps d’exécuter leur tâche.
Hors mission, ils déposent leur armement comme tout citoyen.

Les mercenaires ne sont ni vagabonds ni hors-la-loi.
Engagés par contrat, ils répondent aux autorités locales ou à un employeur dûment reconnu.
Ils peuvent ainsi être engagés pour faire régner l’ordre dans les bas quartiers, là où la garde, souvent occupée par les affaires de la haute société, ne s’aventure guère.
Ils assurent donc le rôle d’une police populaire, parfois brutale mais nécessaire.
Leur conduite est néanmoins surveillée : un mercenaire indiscipliné, soupçonné d’abus ou d’excès, s’expose à des sanctions sévères, voire à la radiation de sa compagnie.
Son statut ne lui donne pas davantage le droit d'intimider gratuitement les civils, de dégainer sans nécessité ou de traiter chaque désaccord comme une menace.
La mendicité n’est pas commune.
La société, bien qu’inégalitaire, repose sur la solidarité de proximité : le pain se partage, les familles s’entraident, les voisins se soutiennent.
L’indigence n’est pas une honte, et les âmes pieuses voient dans l’aumône un devoir de foi.
Être pauvre ne retire pas l’honneur d’un individu : un artisan honnête vaut mieux qu’un noble déchu.
Les mendiants ne sont donc pas chassés à coups de pied, mais souvent accueillis, nourris, voire employés en échange d’un service.
À Chasteau-Levallac toutefois, la situation diffère. L’afflux de réfugiés ayant fui les guerres et les fléaux a engendré une véritable crise de la misère : les rues regorgent de mendiants, d’enfants affamés et de blessés.

Pour les gens du commun, la réputation possède une importance considérable.
Tout accord n'est pas couché sur le papier et tout individu ne sait pas lire suffisamment pour dépendre exclusivement de contrats écrits.
La parole donnée possède donc une réelle valeur sociale.
Mentir existe naturellement, mais être publiquement reconnu comme menteur nuit durablement à la confiance que l'on inspire.
Rompre une promesse importante sans raison valable est honteux.
Manquer à un engagement pris devant plusieurs témoins peut durablement entacher une réputation.
Le serment possède une importance plus grande encore, particulièrement lorsqu'il est prononcé devant le divin, devant un autel ou une autorité religieuse. Un tel engagement n'est pas une simple formule décorative. Le prononcer avec légèreté ou le trahir volontairement peut constituer une faute morale et religieuse grave.
Accuser publiquement quelqu'un d'avoir menti, manqué à sa parole ou trahi un serment constitue donc également une accusation sérieuse.

e savoir savant demeure principalement l'affaire des scribes, prêtres, érudits et nobles.
Cela ne signifie toutefois pas que le peuple est ignorant de tout.
Un serf, un alleutier ou un artisan possède au contraire quantité de connaissances pratiques et sociales acquises par son travail, sa famille et son milieu.
La plupart du peuple sait :
Un paysan peut ainsi connaître parfaitement les terres, récoltes, saisons ou maladies du bétail sans rien savoir d'un peuple situé à l'autre bout du monde.
Un artisan illettré peut posséder un vocabulaire extrêmement précis dans son métier.
Un mercenaire peut reconnaître les signes d'une embuscade sans être capable de situer un royaume lointain sur une carte.
L'absence d'éducation savante n'est pas une absence d'intelligence.
En revanche, la majorité du peuple ignore la géographie détaillée du monde, l'histoire des autres nations, les débats érudits, les langues anciennes ou les événements éloignés qui n'ont jamais concerné sa région.
Les Terres Australes, les tribus nisèbes ou certains peuples lointains sont inconnus du commun : leur existence relève presque du mythe pour la majorité.
L'éducation plus formelle est transmise par certains précepteurs ou par le clergé.
Les écoles sont rares, et le savoir se paie.

Il convient de distinguer ce qu'un personnage doit apprendre en RP de ce qu'il connaît naturellement parce qu'il a grandi dans cette société.
Un personnage du peuple n'a pas besoin qu'on lui enseigne en jeu :
Ces connaissances sont aussi naturelles pour lui que le sont, pour un individu contemporain, quantité de règles sociales que personne ne lui rappelle chaque matin.

La foi demeure le ciment du monde.
Chaque cité, chaque hameau vit au rythme des cloches, des fêtes religieuses, des rites funéraires et des serments prononcés devant les autels.
Les croyances religieuses ne sont pas considérées comme de simples opinions personnelles auxquelles chacun choisirait librement d'adhérer.
Elles participent à la compréhension ordinaire du monde, de la mort, de la morale et de ce qui dépasse les hommes.
Cela ne signifie pas que tous sont également pieux.
Certains fréquentent assidûment les lieux de culte, d'autres beaucoup moins.
Certains respectent profondément le clergé, tandis que d'autres peuvent juger certains religieux corrompus, hypocrites, trop riches ou trop puissants.
Critiquer un homme d'Eglise ne revient pas nécessairement à rejeter le divin.
De même, débattre de l'interprétation d'un texte, d'un rite ou d'un épisode religieux peut être concevable, particulièrement entre personnes instruites.
Il existe toutefois une différence considérable entre :
Pour la plupart des individus, ces croyances ont été enseignées dès l'enfance.
Elles accompagnent les naissances, les morts, les serments, les malheurs et les grandes étapes de l'existence.
Les entendre brutalement remises en question ne saurait donc être reçu avec la même légèreté qu'une simple divergence d'opinion.
Une telle remise en question peut susciter :
Il n'est pas attendu de tout croyant qu'il réagisse avec violence.
Il est en revanche attendu qu'une affirmation susceptible de bouleverser tout ce qu'il tient pour vrai depuis l'enfance ne soit généralement pas reçue avec une parfaite indifférence.
Face à une découverte troublante, un individu cherchera souvent d'abord à l'interpréter au travers de ce qu'il connaît déjà.
Une preuve apparemment contradictoire n'entraîne donc pas nécessairement l'abandon immédiat d'une croyance.
Le doute peut prendre du temps.
Le contexte possède également une grande importance.
Une interrogation exprimée entre proches ou lors d'une discussion savante ne possède pas la même portée qu'une affirmation proclamée sur une place publique.
Contester ouvertement un dogme devant un prêtre, durant une cérémonie ou dans un lieu consacré peut être considéré comme une provocation particulièrement grave.
Se moquer du divin, tourner les rites en dérision ou profaner volontairement un lieu sacré expose à l'opprobre et, selon les circonstances, à l'intervention du clergé ou des autorités.
La piété reste ainsi un marqueur de respectabilité, même chez ceux dont la pratique demeure modérée.
Le respect dû aux morts constitue un usage profondément ancré.
Un cadavre n'est pas considéré comme un simple objet.
Même lorsque les circonstances imposent de le déplacer, de l'examiner ou de le transporter, il convient généralement de le faire avec retenue.
Les sépultures bénéficient d'un respect plus important encore.
Ouvrir volontairement une tombe, déplacer des restes humains, emporter un objet déposé auprès d'un défunt ou troubler sans nécessité un lieu funéraire peut être considéré comme une profanation.
L'ancienneté d'une tombe n'efface pas automatiquement son caractère sacré dans l'esprit de celui qui la découvre.
Une sépulture appartenant à un peuple ancien ou disparu ne devient donc pas instantanément un simple coffre rempli d'objets à examiner.
Certaines nécessités extraordinaires ou recherches peuvent naturellement conduire des personnages à enfreindre ces usages.
Cela ne signifie pas que le geste devient psychologiquement ou moralement anodin.
Traiter un corps avec dérision, mutiler gratuitement un cadavre ou abandonner sciemment des morts sans aucune considération suscite généralement une forte réprobation.

L'échange charnel, lorsqu'il est consenti et encadré, n'est point déshonorant.
La prostitution, loin d'être un crime, est reconnue comme un métier licite, tant qu'elle demeure régie par les autorités locales et respectueuse des convenances publiques.
Les maisons closes, appelées maisons de réconfort ou hospices des sens, sont déclarées auprès du bourgmestre et soumises à une taxe mensuelle.
Elles assurent logis, soins et protection à leurs pensionnaires, sous la surveillance des mercenaires de quartier.
Les travailleuses et travailleurs du corps y sont considérés comme des artisans du plaisir, parfois même des confidents pour les puissants, et ne sauraient être insultés ni molestés sans encourir la loi.
Toutefois, l'exercice doit se faire dans la décence et la discrétion :
La prostitution libre, exercée sans établissement, est tolérée tant qu'elle reste silencieuse et consentie.
Les contrevenants aux règles d'hygiène ou de respect mutuel sont remis aux autorités ou bannis des quartiers fréquentés.
Enfin, la foi ne condamne pas ces pratiques.
Ainsi, les artisans du plaisir, hommes comme femmes, sont perçus comme des membres du peuple dignes de protection, non comme des hors-la-loi.